posté le 24-07-2020 à 07:16:57

Soupir.

 

 

 

 

 

Mallarmé est né le 18 mars 1842 à Paris. À l’âge de dix ans, après la mort de sa mère, il est mis en pension dans un établissement religieux. Avant d’être professeur d’anglais (à Tournon, Besançon, Avignon puis Paris), Mallarmé a été employé de bureau.

Passionné par la poésie et par Edgar Poe, Mallarmé fréquente les milieux parnassiens et symbolistes et côtoie Valéry, Gide, Claudel…

Il a été l’inspirateur du mouvement symboliste (ce mouvement s’opposait au naturalisme (volonté de « peindre le réel ») et voulait, au moyen des symboles, atteindre une réalité supérieure au « monde réel », c’est-à-dire accéder à une vérité supérieure et abstraite cachée derrière la réalité concrète).

Il meurt à Valvins le 9 septembre 1898.

 

 

 

 

 

 

 


 
 
posté le 25-06-2020 à 07:03:32

Chopin.

 

 

 

 

 

Chopin.

 

Fais, au blanc frisson de tes doigts,

Gémir encore, ô ma maîtresse !

Cette marche dont la caresse

Jadis extasia les rois.

 

Sous les lustres aux prismes froids,

Donne à ce cœur sa morne ivresse,

Aux soirs de funèbre paresse

Coulés dans ton boudoir hongrois.

 

Que ton piano vibre et pleure,

Et que j'oublie avec toi l'heure

Dans un Eden, on ne sait où...

 

Oh ! fais un peu que je comprenne

Cette âme aux sons noirs qui m'entraîne

Et m'a rendu malade et fou !

 

                                                     Emile Nelligan (1879 - 1941)

 

 

 

 

 

Émile Nelligan, né le 24 décembre 1879 à Montréal et mort le 18 novembre 1941 dans la même ville, est un poète canadien influencé par le mouvement symboliste ainsi que par les grands romantiques. Souffrant de schizophrénie, Nelligan est interné dans un asile psychiatrique peu avant l'âge de vingt ans et y reste jusqu'à sa mort. Son œuvre est donc à proprement parler une œuvre de jeunesse. Ses poèmes, d'abord parus dans des journaux et des ouvrages collectifs, sont publiés pour la première fois en recueil par son ami Louis Dantin sous le titre Émile Nelligan et son œuvre (1904).

 

 

 

 

 

 

 


 
 
posté le 30-05-2020 à 10:11:53

La chambre.

 

                                                                                                   

Cliquez sur la photo pour écouter ce poème.

 

La chambre

 

On m'a prêté quatre vieux murs

Pour y loger mes quatre membres

Et dans ce réduit très obscur

Je voulus installer ma chambre

 

Pour lui donner un air coquet

Je suspendis aux murs en pente

Les diplômes que j'ai manqués

Et mes décorations absentes

 

Sur une table les photos

De celles que se refusèrent

Sur des rayons les in-quarto

Des livres que je n'ai su faire

 

J'ai mis derrière les fagots

Les grands crus de notre royaume

Les Chambertin et les Margaux

Dont j'ignore jusqu'à l'arôme

 

Et dans un vaste coffre-fort,

Rangés en piles régulières

Toutes les valeurs et tout l'or

Que j'aurais pu gagner naguère

 

Par la fenêtre se glissant

Voici qu'un doux rayon bleuâtre

Est venu remplir mon théâtre

D'un mobilier étourdissant

 

Voici des tapis d'ambition

Voici des tentures de rêve

Voici qu'un rideau se soulève

Sur un chevalet d'illusions

 

Voici des coussins de serments

Couvrant des fauteuils de promesses

Et puis des colliers de tendresse

Et des bouquets de sentiments

 

Voici le mirage de l'Art,

Voici des songes en rasades

Le divan de Schéhérazade

Et le clavecin de Mozart

 

La chimère en quatre secondes

Décorateur sur champ d'azur

A fait de mes quatre vieux murs

La plus belle chambre du monde.

 

La, la, la, la, la, la, la

 

Léo Ferré.

(1916-1993)

 

 

 


Commentaires

 

1. ANAFLORE  le 30-05-2020 à 16:52:41  (site)

Bravo pour la photo du jour

 
 
 
posté le 01-05-2020 à 07:55:27

La Tristesse du Diable.

 

 

 

Bartolomé Bermejo* (1440-1498)

 

 La Tristesse du Diable.

 

Silencieux, les poings aux dents, le dos ployé,

Enveloppé du noir manteau de ses deux ailes,

Sur un pic hérissé de neiges éternelles,

Une nuit, s’arrêta l’antique Foudroyé.

 

La terre prolongeait en bas, immense et sombre,

Les continents battus par la houle des mers ;

Au-dessus flamboyait le ciel plein d’univers ;

Mais Lui ne regardait que l’abîme de l’ombre.

 

Il était là, dardant ses yeux ensanglantés,

Dans ce gouffre où la vie amasse ses tempêtes,

Où le fourmillement des hommes et des bêtes

Pullule sous le vol des siècles irrités.

 

Il entendait monter les hosannas serviles,

Le cri des égorgeurs, les Te Deum des rois,

L’appel désespéré des nations en croix

Et des justes râlant sur le fumier des villes.

  

Ce lugubre concert du mal universel,

Aussi vieux que le monde et que la race humaine,

Plus fort, plus acharné, plus ardent que sa haine,

Tourbillonnait autour du sinistre Immortel.

 

Il remonta d’un bond vers les temps insondables

Où sa gloire allumait le céleste matin,

Et, devant la stupide horreur de son destin,

Un grand frisson courut dans ses reins formidables.

 

Et se tordant les bras, et crispant ses orteils,

Lui, le premier rêveur, la plus vieille victime,

Il cria par-delà l’immensité sublime

Où déferle en brûlant l’écume des soleils :

 

— Les monotones jours, comme une horrible pluie,

S’amassent, sans l’emplir, dans mon éternité ;

Force, orgueil, désespoir, tout n’est que vanité ;

Et la fureur me pèse, et le combat m’ennuie.

 

Presque autant que l’amour la haine m’a menti : 

J’ai bu toute la mer des larmes infécondes.

Tombez, écrasez-moi, foudres, monceaux des mondes !

Dans le sommeil sacré que je sois englouti !

 

Et les lâches heureux, et les races damnées,

Par l’espace éclatant qui n’a ni fond ni bord,

Entendront une Voix disant : Satan est mort !

Et ce sera ta fin, Œuvre des six Journées !

 

                                 Charles Leconte de Lisle (1818-1894)

 

 

 

 

 

 

Charles-Marie René Leconte de Lisle est un poète français.

Né à la Réunion, il vient poursuivre ses études en France. Séduit par les doctrines sociales du philosophe Fourier, il collabore aux Journaux "La Phalange" et "La Démocratie pacifique". L'échec de la Révolution de 1848 l'accable et signe sa rupture avec la politique. De sa foi sociale, il ne garde dès lors qu'une vive rancœur contre Dieu et les hommes, et il va chercher refuge dans la poésie.

Son pessimisme s'alimente à deux sources, l'une passionnelle ("Les Damnés" 1855, "Le Dernier souvenir", 1868, "Les Spectres", 1866 ), l'autre historique à travers la Grèce ("Les Poèmes antiques", 1852, "Les Poèmes Barbares", 1862).

En réaction contre la poésie romantique, Leconte de Lisle réclame une poésie "scientifique" qui doit être essentiellement l'expression de la sérénité du beau. Son âme tourmentée rend toute relative son impassibilité. Celle-ci trouve toute sa place parmi ses admirateurs réunis autour de lui dans l'école parnassienne.

Élu en 1886 membre de l'Académie française, sa célébrité, pour les nouvelles générations, éclipse même celle de Victor Hugo. En 1872, il aborda le théâtre avec une tragédie eschyléenne, "Les Erinnyes".

 

 

 

 *Bartolomé Bermejo, de son vrai nom Bartolomé de Cárdenas est un peintre espagnol représentatif du style hispano-flamand. Formé aux Pays-Bas, il travaille dans le royaume d'Aragon puis à Barcelone, où il peint pour des commanditaires religieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 
 
posté le 15-04-2020 à 12:41:18

Les tétins.

 

 

Le Beau Tétin.

 

Tétin refait, plus blanc qu’un œuf,

Tétin de satin blanc tout neuf,

Tétin qui fait honte à la Rose

Tétin plus beau que nulle chose

Tétin dur, non pas Tétin, voire,

Mais petite boule d’Ivoire,

Au milieu duquel est assise

Une Fraise, ou une Cerise

Que nul ne voit, ne touche aussi,

Mais je gage qu’il est ainsi:

Tétin donc au petit bout rouge,

Tétin qui jamais ne se bouge,

Soit pour venir, soit pour aller,

Soit pour courir, soit pour baller;

Tétin gauche, tétin mignon,

Toujours loin de son compagnon,

Tétin qui porte témoignage

Du demeurant du personnage,

Quand on te voit, il vient à maints

Une envie dedans les mains

De te tâter, de te tenir:

Mais il faut bien se contenir

D’en approcher, bon gré ma vie,

Car il viendrait une autre envie.

Ô Tétin, ne grand, ne petit,

Tétin mûr, Tétin d’appétit,

Tétin qui nuit et jour criez:

Mariez-moi tôt, mariez!

Tétin qui t’enfles, et repousses

Ton gorgias de deux bons pouces,

À bon droit heureux on dira

Celui qui de lait t’emplira,

Faisant d’un Tétin de pucelle,

Tétin de femme entière et belle.

 

Clément Marot (1496-1544)

 


Ce poème est un Blason.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Laid Tétin.

 

Tétin qui n’a rien que la peau,

Tétin flac, tétin de drapeau,

Grand’tétine, longue tétasse,

Tétin, dois-je dire: besace ?

Tétin au grand bout noir

Comme celui d’un entonnoir,

Tétin qui brimballe à tous coups,

Sans être ébranlé ne secoues.

Bien se peut vanter qui te tâte

D’avoir mis la main à la pâte.

Tétin grillé, tétin pendant,

Tétin flétri, tétin rendant

Vilaine bourbe en lieu de lait,

Le Diable te fit bien si laid !

Tétin pour tripe réputé,

Tétin, ce cuidé-je, emprunté

Ou dérobé en quelque sorte

De quelque vieille chèvre morte.

Tétin propre pour en Enfer

Nourrir l’enfant de Lucifer ;

Tétin, boyau long d’une gaule,

Tétasse à jeter sur l’épaule

Pour faire – tout bien compassé –

Un chaperon du temps passé,

Quand on te voit, il vient à maints

Une envie dedans les mains

De te prendre avec des gants doubles,

Pour en donner cinq ou six couples

De soufflets sur le nez de celle

Qui te cache sous son aisselle.

Va, grand vilain tétin puant,

Tu fournirais bien en suant

De civettes et de parfum

Pour faire cent mille défunts.

Tétin de laideur dépiteuse,

Tétin dont Nature est honteuse,

Tétin, des vilains le plus brave,

Tétin dont le bout toujours bave,

Tétin fait de poix et de glu,

Bren, ma plume, n’en parlez plus !

Laissez-le là, ventre saint George,

Vous me feriez rendre ma gorge.

 

Clément Marot (1496-1544)

 


Ce poème est un contre-blason.

 

 

 

 

 

Le blason est un type de poème à la mode au XVIe siècle à la suite de l'épigramme du Beau Tétin de Clément Marot publié en 1535. Son originalité repose sur un parti-pris thématique : le poète s'attache à un détail anatomique du corps féminin et en développe l'éloge dans un jeu poétique brillant. En contrepoint apparaît rapidement le contre-blason qui prend le parti de la satire et du blâme. Les contre-blasons sont fondés sur un dénigrement de ces mêmes détails.

 

 

 

 

Clément Marot, né à Cahors en 1496 et mort le 12 septembre 1544 à Turin, est un poète français.

Bien que marqué par l'héritage médiéval, Clément Marot est un des premiers poètes français modernes. Précurseur de la Pléiade, il est le poète officiel de la cour de François Ier. Malgré la protection de Marguerite de Navarre, sœur du roi de France François Ier, ses sympathies marquées pour la Réforme et pour Martin Luther lui valent cependant la prison, puis l'exil en Suisse et en Italie.

 

 

 

 

 

 


 
 
 

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