posté le 09-04-2018 à 19:49:09

Complainte amoureuse.

William Dyce*: Francesca de Rimini  (1837)

 

Complainte amoureuse.

 

Oui dès l'instant que je vous vis

Beauté féroce, vous me plûtes

De l'amour qu'en vos yeux je pris

Sur-le-champ vous vous aperçûtes

Mais de quel air froid vous reçûtes

Tous les soins que pour vous je pris !

Combien de soupirs je rendis !

De quelle cruauté vous fûtes !

Et quel profond dédain vous eûtes

Pour les vœux que je vous offris !

En vain, je priai, je gémis,

Dans votre dureté vous sûtes

Mépriser tout ce que je fis ;

Même un jour je vous écrivis

Un billet tendre que vous lûtes

Et je ne sais comment vous pûtes,

De sang-froid voir ce que je mis.

Ah ! Fallait-il que je vous visse

Fallait-il que vous me plussiez

Qu'ingénument je vous le disse

Qu'avec orgueil vous vous tussiez

Fallait-il que je vous aimasse

Que vous me désespérassiez

Et qu'enfin je m'opiniâtrasse

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m'assassinassiez.

 

            Alphonse ALLAIS   (1854-1905)

 

Passé simple.

Imparfait du subjonctif.

 

 

 

 

Alphonse Allais est un journaliste, écrivain et humoriste français, né le 20 octobre 1854 à Honfleur (Calvados) et mort le 28 octobre 1905 à Paris.

Célèbre à la Belle Époque, reconnu pour sa plume acerbe et son humour absurde, il est notamment renommé pour ses calembours et ses vers holorimes. Il est parfois considéré comme l'un des plus grands conteurs de langue française.

 

 

 

 * William Dyce est un peintre écossais né à Aberdeen le 19 septembre 1806 et mort à Londres le 14 février 1864.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


Commentaires

 

1. Florentin  le 11-04-2018 à 17:50:28

Je vois d'ici l'Alphonse rigoler dans sa moustache en écrivant son poème ... Florentin

 
 
 
posté le 02-04-2018 à 10:23:32

Il n'y a pas d'amour heureux.

 

tableau de Karl Hauk (peintre autrichien) 1898-1974 

 

Il n'y a pas d'amour heureux.

 

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force

 Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit

 Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix

 Et quand il croit serrer son bonheur il le broie

 Sa vie est un étrange et douloureux divorce

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes

 Qu'on avait habillés pour un autre destin

 A quoi peut leur servir de se lever matin

 Eux qu'on retrouve au soir désœuvrés incertains

 Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure

 Je te porte dans moi comme un oiseau blessé

 Et ceux-là sans savoir nous regardent passer

 Répétant après moi les mots que j'ai tressés

 Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard

 Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson

 Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson

 Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson

 Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur

 Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri

 Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri

 Et pas plus que de toi l'amour de la patrie

 Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 Mais c'est notre amour à tous les deux

 

Louis Aragon  (1897-1982) : La Diane Française-1946

 

 

 

 

 

 

 

 Né à Paris en 1897, Louis Aragon manifeste très tôt un goût pour l’écriture. En 1917, il rencontre André Breton avec lequel il s’engage dans l’aventure surréaliste. La publication du roman intitulé Le Paysan de Paris (1926) fait de lui un écrivain d’avant-garde. À la fin des années 1920, il s’inscrit au parti communiste et rencontre Elsa Triolet, qui deviendra sa femme. Il s’éloigne alors du surréalisme et s’engage dans l’action politique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il entre dans la Résistance et publie clandestinement, aux côtés de Pierre Seghers, plusieurs recueils de poèmes. Après la Libération, Aragon poursuit son œuvre romanesque et poétique tout en restant un écrivain engagé. Il meurt à Paris en 1982.



 


 

 


Commentaires

 

1. Fanny39  le 02-04-2018 à 10:27:25  (site)

Très joli poème, bon lundi de Pâques 2018

2. anaflore  le 02-04-2018 à 12:58:14  (site)

une gloire méritée !!!bon lundi

3. mocasaki  le 02-04-2018 à 17:55:35  (site)

une super présentation ... Merci à Vous
A bientôt
peut-être
Nine

 
 
 
posté le 26-03-2018 à 10:11:39

Les vieux.

 

Vieux couple dans un intérieur rustique.

 (Willem van Herp*, 1614-1677) 

Les vieux. 

 

     Jeunes dieux fripés

     ils pratiquent le silence

     les vieux

     dans le bar enfumé de leurs rêves 

     font profession de mémoire

     et c’est dans la rosée de leurs regards

     que trempent nos cœurs délicats

 

     les vieux vont et reviennent

     traversent nos pas endoloris

     de l’épaule à la hanche

     ont le trépas allongé

     et le sourire 

     fleuri

 

     lorsqu’ils viennent tout près

     les vieux

     leurs mots saignent d’azur

     sur nos couchants 

 

     récifs argentés des échouages

     qu’un poil de chat  

     fait éternuer 

 

                                   Huguette Bertrand.   

 

 

 

 

 

Femme poète éditrice québécoise née à Sherbrooke Canada ( Québec)...

Amoureuse des mots, elle publie son premier recueil de poèmes “Espace perdu” en 1985. Depuis, elle ne cesse de se consacrer à la poésie. Femme résolument tournée vers Internet, elle crée en 1996 son site personnel ”Espace poétique” véritable plaque tournante de communication et de création .

 

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*Willem van Herp, né vers 1614 à Anvers, où il meurt le 23 juin 1677, est un peintre baroque flamand.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. Fanny39  le 26-03-2018 à 10:28:29  (site)

Très jolis poèmes : je vous recommande également "l'amélioration personnelle" de Françoise Azoulay qui est un livre de genre psychologique, Bon lundi et bonne semaine en ce printemps 2018

2. Florentin  le 28-03-2018 à 17:56:02  (site)

J'ai essayé de me reconnaître dans cette description des vieux. Je suis dedans, je suis dehors. Comme quoi, chaque vieux est un. Florentin

 
 
 
posté le 19-03-2018 à 11:00:48

Chemineau.

 

 

Chemineau*.

 

Chemineau, chemine,

En haut du chemin,

Le ciel s’illumine

De rouge carmin ;

Le soleil se lève,

Et chante l’oiseau,

Va vivre ton rêve,

Hardi chemineau…


La sève circule,

C’est le renouveau,

Et la nuit recule

Par monts et par vaux ;

Redresse ta taille,

Ouvre grand tes yeux,

Il n’est rien qui vaille

L’infini des cieux…

 

Toi qui revendiques,

Garde ta fierté,

Et chante un cantique

A la liberté,

Va de ville en ville,

Hardi chemineau,

Du peuple indocile

Plante le drapeau…

 

      Pierre BOURBON** (?-?).

 

 

*chemineau: Vagabond.
 Homonyme: cheminot (employé des chemins de fer).

 

**« …A 12 ans exactement, j’entrais au tissage Ed. Calame. A cette époque les journées de travail étaient de 12 heures pour tous indistinctement, 13 heures le samedi.

 Vous représentez-vous 12 heures de travail dans la poussière de coton, avec pour tout horizon les murs gris et les plafonds vitrés.

 Et puis, et puis… la vie impitoyable, déroule sa bobine d’années, et me voilà moi, marchand de journaux, en train de vous présenter des vers, et qui sait, peut-être de la poésie ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. Florentin  le 22-03-2018 à 16:23:22  (site)

L'envie de chausser ses brodequins et d'aller à travers les chemin, ivres de liberté. Mais, bon, le romantisme n'empêche pas d'avoir froid quand il neige et d'avoir faim. Nous ne sommes que des fainéants .... Florentin

 
 
 
posté le 13-03-2018 à 08:37:49

Le refroidissement.

 

Nicolas Lavreince* (1737-1807) : Le repentir tardif.

 


Le refroidissement.

 

Ils ne sont plus ces jours délicieux,

Où mon amour respectueux et tendre

À votre cœur savait se faire entendre,

Où vous m'aimiez, où nous étions heureux.

 

Vous adorer, vous le dire, et vous plaire,

Sur vos désirs régler tous mes désirs,

C'était mon sort ; j'y bornais mes plaisirs.

Aimé de vous, quels vœux pouvais-je faire ?

 

Tout est changé : quand je suis près de vous,

Triste et sans voix, vous n'avez rien à dire ;

Si quelquefois je tombe à vos genoux,

Vous m'arrêtez avec un froid sourire,

Et dans vos yeux s'allume le courroux.

 

Il fut un temps, vous l'oubliez peut-être ?

Où j'y trouvais cette molle langueur,

Ce tendre feu que le désir fait naître,

Et qui survit au moment du bonheur.

Tout est changé, tout, excepté mon cœur !

 

                                            Évariste de Parny (1753-1814).

 

 

 

 

Célébrant la sensualité et les plaisirs, le Bourbonnais Evariste de Forges de Parny  (1753-1814) est considéré comme le grand poète érotique des Lumières qui, à partir de son histoire personnelle, compose un roman en vers occupant alors le vide créé par l'échec de l'épopée. 

Quand il publie les Chansons madécasses en 1787, Evariste Désiré de Forges  est déjà le Chevalier de Parny. Il deviendra ensuite vicomte et, en 1803, sera élu à l’Académie française. Né à l’île Bourbon, comme s’appelait alors la Réunion, il a été militaire avant de devenir écrivain. C’est en Inde qu’il écrit ces poèmes qui tranchent avec le ton de l’époque. Ils sont parmi les premiers poèmes en prose de la littérature française. Et, surtout, ils proposent le regard des Malgaches (les «Madécasses ») sur les Blancs. Parny était farouchement opposé à l’esclavage et à la colonisation.

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*Niklas Lafrensen, dit « Nicolas Lavreince » ou « Lavrince », né le 30 octobre 1737 à Stockholm où il est mort le 6 décembre 1807, est un dessinateur et peintre à la gouache de portraits et d’histoire suédois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. p1a1s1c1a1l1  le 13-03-2018 à 14:18:16  (site)

J'aime beaucoup

2. Florentin  le 16-03-2018 à 16:52:24  (site)

Ah les femmes ! Tu crois les tenir et elles t'échappent ! Le problème, c'est que nous refusons souvent de voir les signes de le leur "refroidissement", Alors que leur évidence devrait nous éclabousser les yeux. Pauvres de nous !

 
 
 
posté le 06-03-2018 à 08:45:59

À ma bouteille.

James Ensor* : Les pochards** (1883). 

 

À ma bouteille.

 

Viens, ô ma Bouteille chérie,

Viens enivrer tous mes chagrins.

Douce compagne, heureuse amie,

Verse dans ma coupe élargie

L'oubli des dieux et des humains.

Buvons, mais buvons à plein verre ;

Et lorsque la main du sommeil

Fermera ma triste paupière,

Ô Dieux, reculez mon réveil !

Qu'à pas lents l'aurore s'avance

Pour ouvrir les portes du jour :

Esclaves, gardez le silence,

Et laissez dormir mon amour.

 

                      Évariste de Parny (1753-1814).


 

 

 

Célébrant la sensualité et les plaisirs, le Bourbonnais Evariste de Forges de Parny (1753-1814) est considéré comme le grand poète érotique des Lumières qui, à partir de son histoire personnelle, compose un roman en vers occupant alors le vide créé par l'échec de l'épopée.

 

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*James Ensor, né le 13 avril 1860 à Ostende (Belgique) et mort dans cette ville le 19 novembre 1949, est un artiste peintre, graveur et un anarchiste belge.

Ensor adhère aux mouvements d'avant-garde du début du XXe siècle, et laisse une œuvre expressionniste originale.

 

 

 

 

 

** Pochard : ivrogne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 06-03-2018 à 09:36:14  (site)

il a bien la tête à l'emploi !!!
bon mardi

2. Fanny39  le 06-03-2018 à 10:11:22  (site)

Très jolie poésie et bonne semaine en cette année 2018

 
 
 
 

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