posté le 07-05-2018 à 10:16:57

Les caresses des yeux.

 

 

Les caresses des yeux.

 

Les caresses des yeux sont les plus adorables ;

Elles apportent l'âme aux limites de l'être,

Et livrent des secrets autrement ineffables,

Dans lesquels seul le fond du cœur peut apparaître.

 

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;

Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;

Rien n'exprime que lui les choses immortelles

Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.


Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire

Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,

Elles gardent encor leur limpide tendresse ;


Faites pour consoler, enivrer et séduire,

Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !

Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?


                                   Auguste ANGELLIER   (1848-1911)


 

 

 

Auguste Angellier, né le 1er juillet 1848 à Dunkerque et mort le 28 février 1911 à Boulogne-sur-Mer est un poète et universitaire français, qui fut le premier professeur de langue et littérature anglaises de la Faculté des lettres de Lille, avant d'en être son doyen de 1897 à 1900.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. Fanny39  le 07-05-2018 à 10:20:45  (site)

Très joli poème, et je vous recommande la lecture de "L'amélioration personnelle" de Françoise Azoulay

2. Florentin  le 21-05-2018 à 16:46:57  (site)

Tu serais donc un adepte convaincu de la liseuse électronique. Je n'y suis pas opposé, mais je n'aurais jamais pensé en utiliser une, si on ne m'en avait pas offert une à Noël. Il y avait dedans des dizaines de livres et j'en ai lu quelques uns. J'en ai même fait mettre quelques uns de plus. Je n'y suis donc pas allergique. Mais, j'avoue, j'aime mieux nos bons vieux bouquins. Tant pis pour la poussière. Florentin

 
 
 
posté le 24-04-2018 à 08:22:26

L'adieu.

 Joseph Rodefer DeCamp* (1858-1923) : Farewell (adieu).

 

 

L’ADIEU.

 

Non, tu n’entendras pas, de sa lèvre trop fière,

 Dans l’adieu déchirant un reproche, un regret.

 Nul trouble, nul remords pour ton âme légère

En cet adieu muet.

 

 Tu croiras qu’elle aussi, d’un vain bruit enivrée,

 Et des larmes d’hier oublieuse demain,

 Elle a d’un ris moqueur rompu la foi jurée

Et passé son chemin.

 

 Et tu ne sauras pas qu’implacable et fidèle,

 Pour un sombre voyage elle part sans retour ;

 Et qu’en fuyant l’amant dans la nuit éternelle

Elle emporte l’amour.

 

                                      Marie d’Agoult (1805 – 1876)

 

 

 


 

Marie d'Agoult ou Marie Catherine Sophie de Flavigny, comtesse d'Agoult, née le 31 décembre 1805 à Francfort-sur-le-Main (Saint-Empire) et morte le 5 mars 1876 à Paris, est une femme de lettres française, aussi connue sous le pseudonyme de Daniel Stern.

Elle a vécu de 1835 à 1839 avec le compositeur Franz Liszt dont elle a eu trois enfants.

 

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*Joseph DeCamp né le 5 novembre 1858 à Cincinnati (Ohio), mort le 11 février 1923 est un peintre impressionniste américain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. Florentin  le 25-04-2018 à 15:31:02  (site)

Douleurs cachées, douleurs surtout ... Florentin

2. Florentin  le 29-04-2018 à 09:26:18  (site)

Bonjour du dimanche. La complainte amoureuse d'Alphonse ... J'avais effectivement l'impression d'avoir lu ce "poème" récemment, mais je ne savais plus où. C'est chez toi sans doute. J'ai trouvé sur un site d'Allais ce texte pour le moins rigolo, mais apparemment, c'était une version courte. . Excuse-moi, si je t'ai coupé l'herbe sous le pied. Florentin

 
 
 
posté le 17-04-2018 à 08:27:58

Une seule femme endormie.

Gustave Courbet (1819-1877): La fileuse endormie (1853)

 

Une seule femme endormie.

 

Par un temps humble et profond tu étais plus belle

Par une pluie désespérée tu étais plus chaude

Par un jour de désert tu me semblais plus humide

Quand les arbres sont dans l’aquarium du temps

Quand la mauvaise colère du monde est dans les cœurs

Quand le malheur est las de tonner sur les feuilles

Tu étais douce

Douce comme les dents de l’ivoire des morts

Et pure comme le caillot de sang

Qui sortait en riant des lèvres de ton âme.

 

                                        Pierre Jean Jouve  (1887-1976)

 

 

Pablo Picasso (1881-1973): Paloma endormie (1952).

 

 Pierre Jean Jouve (1887-1976)

 

 

La lente et stricte création jouvienne vise à atteindre et à étreindre la mort au coeur même de la vie, en une inlassable "scène capitale" où la sueur du désir a saveur d'éternité sanglante. La poésie n'est qu'au prix de la mort. Pierre Jean Jouve (1887-1976)

 Pierre Charles Jean Jouve a eu « plusieurs vies ». Avant 1914, il est un des écrivains de l'unanimisme, ce mouvement créé par Jules Romains, puis un membre actif du mouvement pacifiste animé par Romain Rolland pendant la Première Guerre mondiale.

 À partir de 1921, une profonde rupture a lieu grâce à sa seconde épouse, la psychanalyste Blanche Reverchon, traductrice de Sigmund Freud (1923) et amie de Jacques Lacan. Elle fait de lui l'un des premiers écrivains à affronter la psychanalyse et à montrer l'importance de l'inconscient dans la création artistique — et cela dès le milieu des années 1920.

On peut citer parmi les œuvres de cette époque ses recueils de poèmes : Les Noces (1925-1931), Sueur de Sang (1933-1935), Matière céleste (1937), et ses romans : Le Monde désert (1927), Hécate (1928), Vagadu (1931), La Scène capitale (1935), et le plus connu Paulina 1880, paru en 1925.

 Il a été aussi, dès 1938 et pendant son exil en Suisse, un important acteur de la résistance intellectuelle contre le nazisme, avec ses poèmes apocalyptiques de "Gloire" et de "La Vierge de Paris".

 Cet écrivain a été perçu comme un marginal hautain, refusant les embrigadements des «mouvements».

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. Florentin  le 19-04-2018 à 16:16:05  (site)

J'ai lu, il y a un moment "Paulina 1880"? Je me souviens avoir été impressionné par l'atmosphère effectivement sombre de l'histoire, sombre jusqu'au noir. Ses poèmes sont sans doute de la même tonalité, comme celui-là. ..."les dents de l'ivoire des morts" ... le caillot de sang" ... Des images pour le moins pas gaies ! Florentin

 
 
 
posté le 09-04-2018 à 19:49:09

Complainte amoureuse.

William Dyce*: Francesca de Rimini  (1837)

 

Complainte amoureuse.

 

Oui dès l'instant que je vous vis

Beauté féroce, vous me plûtes

De l'amour qu'en vos yeux je pris

Sur-le-champ vous vous aperçûtes

Mais de quel air froid vous reçûtes

Tous les soins que pour vous je pris !

Combien de soupirs je rendis !

De quelle cruauté vous fûtes !

Et quel profond dédain vous eûtes

Pour les vœux que je vous offris !

En vain, je priai, je gémis,

Dans votre dureté vous sûtes

Mépriser tout ce que je fis ;

Même un jour je vous écrivis

Un billet tendre que vous lûtes

Et je ne sais comment vous pûtes,

De sang-froid voir ce que je mis.

Ah ! Fallait-il que je vous visse

Fallait-il que vous me plussiez

Qu'ingénument je vous le disse

Qu'avec orgueil vous vous tussiez

Fallait-il que je vous aimasse

Que vous me désespérassiez

Et qu'enfin je m'opiniâtrasse

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m'assassinassiez.

 

            Alphonse ALLAIS   (1854-1905)

 

Passé simple.

Imparfait du subjonctif.

 

 

 

 

Alphonse Allais est un journaliste, écrivain et humoriste français, né le 20 octobre 1854 à Honfleur (Calvados) et mort le 28 octobre 1905 à Paris.

Célèbre à la Belle Époque, reconnu pour sa plume acerbe et son humour absurde, il est notamment renommé pour ses calembours et ses vers holorimes. Il est parfois considéré comme l'un des plus grands conteurs de langue française.

 

 

 

 * William Dyce est un peintre écossais né à Aberdeen le 19 septembre 1806 et mort à Londres le 14 février 1864.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


Commentaires

 

1. Florentin  le 11-04-2018 à 17:50:28

Je vois d'ici l'Alphonse rigoler dans sa moustache en écrivant son poème ... Florentin

 
 
 
posté le 02-04-2018 à 10:23:32

Il n'y a pas d'amour heureux.

 

tableau de Karl Hauk (peintre autrichien) 1898-1974 

 

Il n'y a pas d'amour heureux.

 

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force

 Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit

 Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix

 Et quand il croit serrer son bonheur il le broie

 Sa vie est un étrange et douloureux divorce

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes

 Qu'on avait habillés pour un autre destin

 A quoi peut leur servir de se lever matin

 Eux qu'on retrouve au soir désœuvrés incertains

 Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure

 Je te porte dans moi comme un oiseau blessé

 Et ceux-là sans savoir nous regardent passer

 Répétant après moi les mots que j'ai tressés

 Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard

 Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson

 Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson

 Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson

 Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur

 Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri

 Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri

 Et pas plus que de toi l'amour de la patrie

 Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs

 

 Il n'y a pas d'amour heureux

 Mais c'est notre amour à tous les deux

 

Louis Aragon  (1897-1982) : La Diane Française-1946

 

 

 

 

 

 

 

 Né à Paris en 1897, Louis Aragon manifeste très tôt un goût pour l’écriture. En 1917, il rencontre André Breton avec lequel il s’engage dans l’aventure surréaliste. La publication du roman intitulé Le Paysan de Paris (1926) fait de lui un écrivain d’avant-garde. À la fin des années 1920, il s’inscrit au parti communiste et rencontre Elsa Triolet, qui deviendra sa femme. Il s’éloigne alors du surréalisme et s’engage dans l’action politique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il entre dans la Résistance et publie clandestinement, aux côtés de Pierre Seghers, plusieurs recueils de poèmes. Après la Libération, Aragon poursuit son œuvre romanesque et poétique tout en restant un écrivain engagé. Il meurt à Paris en 1982.



 


 

 


Commentaires

 

1. Fanny39  le 02-04-2018 à 10:27:25  (site)

Très joli poème, bon lundi de Pâques 2018

2. anaflore  le 02-04-2018 à 12:58:14  (site)

une gloire méritée !!!bon lundi

3. mocasaki  le 02-04-2018 à 17:55:35  (site)

une super présentation ... Merci à Vous
A bientôt
peut-être
Nine

 
 
 
 

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