posté le 09-04-2017 à 12:53:09

Mon amour, attendez...

 

 

 

 

          Mon amour, attendez.

 

Lorsque vous oublierez que vous m’avez tenue

 Captive entre vos mains, comme une chose à vous,

 Lorsque vous serez las de mon amour très doux,

 Pour le dire, attendez que la nuit soit venue.

 

Vous ne pourrez pas voir mon visage défait,

 Ni mes yeux désolés, ni ma bouche tremblante,

 Car l’ombre voilera ma douleur accablante ;

 Attendez que le soir soit venu tout à fait.

 

Attendez que le vent fasse gémir les arbres,

 Et pleurer dans leurs nids tous les oiseaux des bois,

 Et vous n’entendrez pas les sanglots de ma voix,

 Ni le cri de mon cœur plus glacé que les marbres.

 

Attendez que l’orage ait assombri les cieux,

 Et qu’il pleuve très fort, près de nous, sur la route,

 Et dans la nuit, vous confondrez sans doute,

 Avec les pleurs du ciel, les larmes de mes yeux.

 

Un jour vous oublierez que vous m’avez tenue

 Captive entre vos mains, comme une chose à vous,

 Alors pour me le dire, ayez des mots très doux ;

 Attendez, mon amour, que la nuit soit venue.

 

                                               Ida Faubert (1882-1969)

 

--------------

 

 Biographie de Ida Faubert.

 

 

 

 

 

 


 
 
posté le 02-04-2017 à 09:12:23

Matin de printemps.

 

 

                          Matin de printemps

 

 Au profond de l'allée

Les quenêpiers* en fleurs

Répandent une odeur

Légère et vanillée                                               

 

Un essaim bourdonnant

D'abeilles matinales

S'en vient dans le jour pâle,

Joyeux et frissonnant

 

Chercher dans les corolles

Un précieux butin.

Et dans le clair matin

Les papillons s'envolent.

 

Un rayon de soleil

Baise au front une rose,

Qui se trouble, et qui n'ose

Regretter son sommeil.

 

Un parfum se respire

Sous les grands peupliers,     ( J'ai remplacé platanes par peupliers. Faute de rime d'Ida?)

Un parfum printanier

De choses en délire.

 

Et je m'emplis les bras

De fleurs à peine écloses,

De jasmins et de roses,

De lis et de lilas,

 

Et j'écoute, charmée,

Le murmure des eaux

Et tous les chants d'oiseaux

Repars dans la ramée.

 

Les cieux sont éclatants

Car le soleil s'enflamme,

Et je sens dans mon âme

Chanter tout ce Printemps !

 

                                    Ida Fauber (1882-1969)

                                       (poétesse haïtienne)

 

*Le quenêpier est un arbre fruitier tropical, qui pousse en Haïti. Les fruits sont les grappes de quenêpes, fruits normalement plutôt aigres dont la consommation abusive serait à l'origine d'un enrouement et d'une toux chronique appelée là-bas "la flème"

 

Ida Fauber (1882-1969) :

 

 

Née à Port-au-Prince en 1882, baptisée Gertrude Florentine Félicitée Ida, elle est la fille d'un ancien président de cette république, Lysius Salomon.

Elle résida en France de 1914 à 1969 et mourut en 1969 à Joinville-le-Pont. Elle se mêla aux mouvements féministes et fréquenta les artistes de son temps.

Poétesse au souffle chaud, connue aussi en Europe , Ida Faubert qui a été définie la Marceline Desbordes-Valmore d'Haïti, à cause de l'accent passionné et tendre de ses poèmes, est aussi l'auteur de ces histoires très caractéristiques où mœurs, légendes, superstitions de son pays, sont rendues avec une sobre vigueur et un sens aigu de la couleur.

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. odeline  le 02-04-2017 à 09:27:25  (site)

Bonjour , magnifique ton blog, jolies poésies et femme extaordinaire, tout pour que je sois contente d'etre passé a tout hasard , des fois il ne faut pas mettre de côté ce qui est beau , Ronsard j'adore ; Victor Hugo également , tout ici pour me plaire ...Passe une belle journée a++++Lili

2. odeline  le 02-04-2017 à 14:14:47  (site)

Re Bonjour ..Il est un fait que les poetesses que tu cite sont inconnues pour moi et c'est bien dommage , tu as raison d'essayer de les faire appréçier , mais des fois c'est dur d'accrocher l'attention ...Moi j'essaye de faire comprendre au monde l'importance de bien agir envers tous, mais méme si je me heurte a un mur j'arrive a trouver des amies qui me suivent dans mes déductions , c'est bien compliqué pour étre bien suivie en somme, ...De grands poétes savaient écrire ce qu'ils ressentaient et certains d'entre eux avaient un esprit suractivé.....De toute façon .Il faut mieux avoir peu de contacts mais des bons , que de récuperer des dizaines de coms de niaiseries ( c'est mon humble avis )Passe une belle soirée a++++Lili

 
 
 
posté le 27-03-2017 à 10:48:14

L'amour et la mort.

                                                       L'amour et la mort

Regardez-les passer, ces couples éphémères !
Dans les bras l'un de l'autre enlacés un moment,
Tous, avant de mêler à jamais leurs poussières,
Font le même serment :

Toujours ! Un mot hardi que les cieux qui vieillissent
Avec étonnement entendent prononcer,
Et qu'osent répéter des lèvres qui pâlissent
Et qui vont se glacer.

Vous qui vivez si peu, pourquoi cette promesse
Qu'un élan d'espérance arrache à votre coeur,
Vain défi qu'au néant vous jetez, dans l'ivresse
D'un instant de bonheur ?

Amants, autour de vous une voix inflexible
Crie à tout ce qui naît : "Aime et meurs ici-bas ! "
La mort est implacable et le ciel insensible ;
Vous n'échapperez pas.

Eh bien ! puisqu'il le faut, sans trouble et sans murmure,
Forts de ce même amour dont vous vous enivrez
Et perdus dans le sein de l'immense Nature,
Aimez donc, et mourez !

                                                                        Louise Choquet Ackermann

 

  

 

Louise-Victorine Choquet nait à Paris le 30 novembre 1813. Elle passe une enfance solitaire à la campagne près de Montdidier au sud-est d’Amiens.

 Sa mère essaye de lui donner une éducation catholique selon les convenances de l’époque, tandis que son père, homme de lettres et fervent admirateur des encyclopédistes, ouvre l’esprit de la jeune Louise à la littérature.

 Envoyée en pension à Paris, elle découvre les œuvres des poètes anglais, Byron et Shakespeare, et allemands, Goethe et Schiller, ainsi que celles entre autres de Victor Hugo, d’Alfred de Musset et d’Alfred de Vigny. Son esprit se libère, elle commence à écrire en s’éloignant des conventions imposées par la religion.

 En 1841 elle rencontre Paul Ackermann qui tombe amoureux d’elle. N’ayant pas le courage de le repousser, elle l’épouse en 1843. Bien que de convenance, ce mariage se révèle, selon ses propres mots « exquis », et, deux ans plus tard, à la mort de son époux Louise Ackermann est profondément affectée

 En 1855 elle publie Contes, suivi de Contes et poésies en 1862 et de Poésies, premières poésies, poésies philosophiques en 1874.

Ces poèmes sont marqués par un certain pessimisme romantique, peut-être réminiscence de son aventure allemande, et par un élan de révolte contre la souffrance humaine puisant dans la foi en l’esprit humain et en son indépendance. La puissance de ses vers se concentre sur la condition et acceptation de la condition humaine, refusant toute prétention religieuse et scientifique de connaissance de la Vérité.

Peu de temps après la publication de  ce volume, Louise-Victorine Ackermann s’installe à Paris.

 Elle meurt à Nice le 3 août 1890.

 

 

 


 
 
posté le 19-03-2017 à 09:18:17

Marie-Catherine Desjardins de Villedieu (XVIIème siècle).

 Marie-Catherine Desjardins de Villedieu (1632-1683)

 

Jouissance

Aujourd'hui dans tes bras j'ai demeuré pâmée,
Aujourd'hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.

Ta flamme et ton respect m'ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d'honneur
Puisque j'aime Tirsis et que j'en suis aimée.

O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas
Les plaisirs les plus doux que l'on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie !

Une douce langueur m'ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c'est dans cette mort que je trouve la vie.
 

                                                 Marie-Catherine Desjardins de Villedieu

 

Marie-Catherine Desjardins, sous le nom de plume de Mme De Villedieu,  s'engagea précocement dans la carrière littéraire et connut très tôt le succès.  Célèbre par ses aventures et galanteries, elle composa poésies, fables, théâtre,  romans, lettres, nouvelles historiques et galantes.
Originale et audacieuse, en quête perpétuelle de formules innovantes, elle  témoigne d'une liberté de mœurs que son sexe avait connue avec les grandes  dames de la Fronde, et était en train de perdre sous l'absolutisme naissant de  Louis XIV.
Pour celle qui se pique d'écrire " fort tendrement ", la fiction est un lieu  d'expression de l'intime, celui d'une existence troublée par des amours  malheureuses : elle fut en effet veuve de deux amants qui vécurent avec elle sans  l'épouser,  parce que mariés, le Capitaine de Villedieu et le Marquis de Lachasse.

 

 

 

 

 

 

Voilà comment  Mme Marie-Catherine Desjardins de Villedieu écrivait au XVII ème siècle.

 

 


 
 
posté le 15-03-2017 à 08:40:11

Le luth.

 

  Madeleine de l'Aubespine.

 

Le luth.

 

Pour le plus doux ébat que je puisse choisir,

Souvent, après dîner, craignant qu'il ne m'ennuie,

Je prends le manche en main, je le tâte et manie,

Tant qu'il soit en état de me donner plaisir.

 

Sur mon lit je me jette, et, sans m'en dessaisir,

Je l'étreins de mes bras et sur moi je l'appuie,

Et, remuant bien fort, d'aise toute ravie,

Entre mille douceurs j'accomplis mon désir.

 

S'il advient, par malheur, quelquefois qu'il se lâche,

De la main je le dresse, et, derechef, je tâche

A jouir du plaisir d'un si doux mouvement:

 

Ainsi, mon bien-aimé, tant que le nerf lui tire,

Me contemple et me plaît que de lui, doucement,

Lasse et non assouvie, enfin je me retire.

 

Madeleine de l'Aubespine

 

 

 Madeleine de l'Aubespine (1546-1596)

 

 Cette poétesse française naquit et décéda à Villeroy. Epouse de Nicolas de Neufville, Seigneur de Villeroy, qui fut Secrétaire d’Etat sous les règnes de Charles IX et d’Henri III, elle devint dame d’honneur de Catherine de Médicis.

 Mondaine, spirituelle et savante, (ainsi que sa traduction des Héroïdes d’Ovide l’atteste) elle tint un des salons les plus célèbres de son temps. Son hôtel, proche du Louvre, vit défiler les poètes les plus renommés ; Rémy Belleau lui dédia une de ses « pierres précieuses », Ronsard la considérait comme sa fille spirituelle et Philippe Desportes dont elle fut l’amie la célébra sous le nom de Callianthe et de Cléonice.

Les poèmes de Madeleine de l’Aubespine sont restés manuscrits de son temps et ne furent publiés pour la première fois qu'en 1926

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
 
posté le 07-03-2017 à 09:30:56

Les barbares.

Ils se sont avancés, les barbares sanguinaires

Venus d'un autre temps, vêtus de peau de bêtes

Poussant vers le ciel des cris retentissants

Ignorant la pitié, l'amour et les valeurs

Brûlant sur leur passage les modestes demeures

Détruisant sans regret les fermes et les campagnes

Ils se sont réunis sur la place du village

Ils ont crié leur haine à ceux d'un autre lieu

Ils ont souillé les murs et craché sur les tombes

Ils ont sali l'honneur et meurtri nos compagnes

Ils ont régné en maîtres sur nos vies misérables

Ils ont tué l'espoir et ruiné notre honneur

Pas un seul d'entre nous n'a osé les combattre

On a tout accepté et renié nos idées

Les traîtres sont sortis de leurs cachettes infâmes

Et dressé des lauriers à nos bourreaux immondes

Plus de fleurs ne poussaient sous les sabots rebelles

Le mal était bien là et l'infamie aussi

C'est alors que naquit sans qu'ils ne s'en aperçoivent

Ce sourire

Renversant issu de nulle part

Ce sourire

Merveilleux qui les a étonnés

Ce sourire

Languissant qui les a désarmés

Ils s'en allèrent craintifs fourbus et pitoyables

Maudissant ce sourire qui les avait vaincus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 
 
 

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